L’enfer, c’est à quel étage ?

Non, ce billet n’a pas pour vocation de vous parler de l’extraordinaire titre de S.BRUSSOLO du même nom, (un jour, je le ferai) mais d’extérioriser un peu mon récent essai professionnel dans le cadre de ma recherche pour un nouvel emploi.

Cette expérience m’a confirmé que je ne voulais pas donner à ma carrière ce tournant téléphonique. Car si l’annonce sur le Pôle Emploi listait des tâches purement administratives telles que : accueil téléphonique des patients et du personnel médical, transfert d’appel, prise de message, constitution et suivi de dossier, élaboration et mise sous pli du courrier… La réalité du travail demandé était toute autre.

J’ai flairé le piège au premier entretien, avec l’annonce pôle emploi sous les yeux, quand on m’a demandé plusieurs fois : « vous comprenez bien quel poste nous recherchons ? » Alors pourquoi écrire secrétaire pour proposer autre chose ? Quel intérêt à part une perte de temps dans les deux camps ? Ma présentation et mon profil montre bien que je suis polyvalente et secrétaire !!! Non pas spécialiste en prise d’appels téléphoniques. L’accueil téléphone ça me connaît. J’en ai eu quasi dans toutes mes expériences pro mais ce qu’ILS voulaient, ce n’était pas encore ça.

Premier entretien passé, un second arrive où ma candidature est validée pour la rencontre avec le directeur. Pendant ce temps, ma conseillère en réinsertion m’invite à prendre le poste même si ce n’est pas un travail de mon ressort. Mais moi, j’y vois un circuit fermé, une prison dans laquelle je ne veux pas m’enfermer. 40h par semaine, heures sup payées mais attention, ILS présentent le fameux 9,61€ de l’heure comme une aubaine. Faut arrêter, c’est tout de même le salaire de BASE et ILS envisagent OF COURSE un contrat à durée indéterminé à la rentrée si le premier contrat est concluant.

J’essaie de faire comprendre à ma conseillère que ce n’est pas là un travail qui me correspond. Mais je suis dans un langage de sourde puisque son refrain dans les grandes lignes c’est : prenez ce boulot ! A travers ces paroles, je vois une manière de me lourder et d’augmenter ses stats de retour à l’emploi…

Le 25 mai, la responsable m’appelle pour me proposer l’entretien avec le directeur et l’essai le jeudi suivant… jour de deuil pour ma famille. C’est donc repoussé au 1er juin mais le directeur n’est plus dispo puis au 4 juin, pour me demander si on ne peut pas le mettre le 3 juin. Non mais Oh ! ILS ne vont quand même pas gâcher le jour de mon anniversaire ?!! Je promets de ne plus recommencer et j’invente un bobard me rendant indisponible le 3.

Dans la nuit du 3 au 4 juin, je me prends la tête. Comment dire à ces gens que ce n’est pas mon profil mais que je veux tout de même passer l’essai pour faire plaisir à ma conseillère. Montrer que j’ai été au bout de la chose malgré mon ressentiment pour ce poste.

J’ai conscience que dans la conjoncture actuelle refuser un travail, ça ne se fait pas. Mais ce genre de travail ?!!!!! J’étais loin du compte quand j’ai répondu à l’annonce !

ILS cherchaient une énième « secrétaire » parce que leur équipe est en train de se casser la figure. Allez travailler quarante heures dans ses conditions… Adieu la vie sociale, les amis et votre famille ! Adieu également vos anciennes compétences puisque vous cessez de les pratiquer au détriment de votre capacité à parler, à mémoriser, à enregistrer…

Jour J, rencontre avec le directeur qui prône l’excellence de son entreprise et vante les mérites de l’invention la plus géniale de ce temps, le TELEPHONE !! Houhou !!!! (Mais mec, tu le vois bien que je ne suis pas une téléconseillère ??? NON…. Regarde mon CV, c’est pas écrit téléconseille, ni esclave du téléphone !)

« Dans vos différentes expériences, le téléphone sonnait beaucoup ? » Oui, il sonnait beaucoup, à tel point qu’à peine raccroché, il sonnait déjà. Mais la différence, c’est qu’à ce moment, moi j’avais le temps. Je ne traçais pas l’appel dans le but de faire un échange de moins d’une minute. Les infos importantes, je les notais sur papier avant de les transmettre au propre. J’avais le temps, c’est là, toute la différence. Je sais bien qu’une majorité des femmes est capable de faire beaucoup de choses en même temps mais prise d’appel de moins d’une minute toutes les minutes, retranscrire la globalité du message sur ordi quand à l’autre bout du fil l’AUTRE ne va pas se donner la peine de répéter parce que ça le SOULE de se répéter…

Moui…. Donc on passe à l’essai… La responsable administrative est une dame très gentille, un visage souriant, des étincelles dans les yeux… un esprit bien vivant qui se raccroche au fait que chaque appel améliore un confort de vie. Elle me fait entrer dans mon peut-être futur lieu d’esclavage : un bureau open space avec 6 grands bureaux dotés chacun de deux écrans 20 pouces et un téléphone de 20 lignes, c’est impressionnant. Mais ce qui est plus saisissant encore, ce sont ces six jeunes femmes, casque téléphone sur la tête, qui tracent leur coup de fil, pianotent sur l’ordi, à une rapidité hors norme pour prendre l’appel suivant. Des échos résonnent : « Bidule, Marie, bonjour/ Bidule, Elodie, bonjour » et presque aussitôt : «Nous allons faire le nécessaire, bonne journée, au revoir » tout ça dit avec une célérité extraordinaire. SONT-ELLES HUMAINES ? (des cyborgs peut-être ?)

Perso, je ne me trouvais pas à ma place… Mais…pour dire que je suis allée jusqu’au bout, j’ai eu une mini formation avant de faire mon essai. Pour cela, j’ai pris en interne des faux appels de vrais profils dans le fichier. Rappelez-vous, le téléphone sonne toutes les minutes voir deux minutes, votre appel ne doit pas excéder une minute, dans le même temps, il faut identifier l’appelant, lui demander son nom, l’épeler, retrouver dans le fichier informatique, vérifier l’adresse, le numéro de téléphone, prendre le message, terme technique compris. Le premier appel, j’ai su tout noter. Le second, j’avais déjà des difficultés. A peine raccroché, ça sonne déjà ! Pas le temps de se concentrer sur l’appel précédent dont les informations m’échappaient déjà. Au quatrième, j’étais totalement à la ramasse, dépassé par cet ouragan d’informations.

Quand l’essai fut fini, le constat est flagrant… Jamais je ne pourrais faire ce travail. Ce n’est pas moi. Je suis secrétaire administrative et agent d’accueil. Pas un robot du téléphone ! Bien sûr, là, j’ai vécu sur 5 min, le quotidien de milliers de personnes qui travaillent dans le téléconseil. Eh bien, RESPECT ! Et je comprends beaucoup plus mon meilleur ami qui fait ça depuis quelques années et qui en a marre.

Arrivée à ma voiture, je me suis sentie soulagée d’en avoir terminé avec cette entreprise… Je sais bien que je suis toute seule à subvenir à mes besoins. Je préfère toucher mon chômage que de passer un pacte avec le Diable. D’autant plus que j’ai l’espoir avec d’autres candidatures d’exercer le métier qui me plaît…

Mais uniquement du téléphone… Plus jamais ça !

téléconseil

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Une réflexion sur “L’enfer, c’est à quel étage ?

  1. Salut ! Tu as bien raison ! J’ai fait de la vente par téléphone et c’était une expérience désagréable. Ce n’est pas parce que c’est la crise qu’il faut prendre n’importe quoi. Bon courage.

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